Elle n’est pas terroriste.
Elle n’est pas terroriste.
C’est la première pensée qui m’a traversé l’esprit quand elle a franchi la porte.
Mais dans sa demande, il y avait quelque chose à quoi je ne m’attendais pas.
Pas comme ça. Pas maintenant. Je ne m’y étais pas préparé.
Elle voulait quelque chose.
Pas juste un objet.
Pas un cadeau de dernière minute, ni une lubie Pinterest du dimanche.
Non.
Elle voulait cette création-là.
Tout en me donnant carte blanche.
Et moi, j’ai foncé.
Je ne le savais pas encore, mais ce jour-là, quelque chose s’est enclenché.
Comme quand on roule depuis des heures, les paupières lourdes, la playlist en mode automatique, et qu’enfin, un panneau apparaît au bord de la route.
Il indique le nom du lieu qu’on visait depuis des semaines.
Le cœur bat un peu plus fort.
On ne s’y attendait pas vraiment — ou plutôt, on ne voulait pas y croire tant que le panneau n’était pas là.
Alors oui, le nombre de kilomètres affiché donne le vertige.
Mais à cet instant précis, on sait qu’on y va.
C’est réel.
J’ai senti ça avec elle.
Une confirmation douce et brutale à la fois : le projet existe vraiment.
Quoi qu’il arrive, on a quitté le “et si…” pour entrer dans le “on y est”.
J’ai entrouvert la fenêtre, pour laisser entrer un peu d’air neuf dans cette drôle de voiture qu’est notre aventure.
Le vent a balayé la fatigue, et l’odeur des feuilles fraîchement tombées s’est mêlée à celle de la pluie sur le bitume.
J’ai appuyé doucement sur l’accélérateur.
Le panneau s’est éloigné dans le rétroviseur.
Et c’est là que je l’ai vue.
Une lueur, timide, dans un coin de la banquette arrière.
Je ne comprenais pas d’où elle venait.
Un reflet, peut-être.
Ou un éclat du ciel filtré par la vitre.
La lumière vacillait au rythme des virages, comme si elle respirait.
Elle semblait danser.
Ce n’est que lorsqu’un des enfants, endormi, a bougé dans son sommeil que je l’ai reconnue.
Cette petite veilleuse Poppy, en forme de danseuse, qu’il avait glissée dans ses valises.
Comme pour ne pas perdre ses rêves de vue.
Ce n’était pas un signe du ciel.
Juste une veilleuse.
Mais elle m’a rappelé pourquoi on avance.
Et qu’il suffit parfois d’un rêve d’enfant pour rallumer tout le reste.