chronique imparfaite k.li creations
chronique imparfaite 1.0
Le départ
Il est une heure du matin. Cela fait je ne sais pas combien de temps que je roule.
Le moteur ronronne comme un chat rassasié, tranquille, tout roule encore parfaitement. Les phares découpent la nuit et les kilomètres s’enchaînent. À l’arrière, quatre silhouettes s’entassent sous des plaids : un enfant rêve de drones, tandis que les autres se sont déjà échappés dans un sommeil profond. Vanessa est à côté de moi, moitié copilote, moitié DJ qui s’endort entre deux chansons.
Nous sommes partis avec comme carburant… de l’envie. Rien d’autre. Et pour nous éclairer, le plaisir. Ce n’est pas grand-chose, mais pour avancer, c’est déjà énorme.
La Lodgy est pleine : valises mal empilées, sac de chips qui craque à chaque virage, gobelets de café qui refroidissent trop vite. Pourtant, malgré le désordre, il reste une place vide. Comme si on savait que quelqu’un allait nous rejoindre pour un bout de route. Parce que ce voyage n’est pas qu’une histoire de famille : il y a toujours un ami qui finit par grimper dans la voiture, sourire en coin et sac trop grand.
Très vite, d’autres phares apparaissent dans le rétroviseur. Ce sont les amis qui rejoignent le convoi. Pour l’instant, je ne distingue pas encore leurs modèles, juste leurs lumières qui me suivent et me rassurent dans la nuit.
Moi, j’avance en tête, avec la sensation étrange que ce road trip que je pensais joyeux, version playlist à fond et soleil éclatant, ressemble pour le moment à une longue route où l’aube tarde à venir. Là-bas, au loin, j’aperçois des lueurs : je me dis enfin, ça y est, le soleil se lève ! Mais non… ce n’était qu’une lampe qui éclaire un village déjà derrière nous.
Il est 1h du matin, cela fait des heures qu’on roule. J’attends une station-service, un endroit où faire halte, remplir le réservoir, recharger les batteries, juste… souffler un peu. Mais les trois dernières étaient pleines. Pas de place pour nous. Alors, on continue.
Je reçois des messages des voitures derrière :
« Courage, tu vas y arriver ! »
« C’est top ce que tu fais ! »
« Je crois que tu as trouvé ton truc ! »
Ces mots-là, dans la nuit, me font l’effet d’une gorgée de café brûlant, juste assez pour continuer.
Un enfant bouge sur la banquette, entrouvre un œil et murmure : « Papa, tu crois que je pourrai filmer la route avec mon drone ? »
Je souris. « Bien sûr. Mais dors d’abord. »
Il replonge aussitôt, rassuré.
Alors, je garde les mains sur le volant. La route s’étire encore, interminable, mais la Lodgy avance. Le soleil finira bien par se lever. En attendant, on roule, ensemble. Et ça, c’est déjà une victoire.